De la première mention du village à la Révolution

Le village d'Ichtratzheim est mentionné pour la première fois en 1140 dans une lettre du Pape Innocent II adressée à l'abbaye de Moyenmoutier dans les Vosges. Dans sa lettre, le Pape accorda sa protection à l'ensemble des biens que possédait cette abbaye, parmi ceux-ci, des terres et des maisons d'Uthratisheim (Ichtratzheim).

En 1358 Ichtratzheim fut vendu par les comtes d'Öttigen avec tout le Landgraviat d'Alsace à Jean de Lichtenberg, Evêque de Strasbourg.

Si nos informations concernant la période médiévale sont limitées, deux éléments méritent cependant être soulignés. Tout d'abord, la présence d'une léproserie sur le ban communal : le registre des revenus de l'Oeuvre Notre-Dame de Strasbourg de l'année 1351 la mentionne. Ensuite, l'existence d'un château-fort, mentionné dans une vente de terrains de 1336.

Il s'agissait d'une petite forteresse, dont la Scheer alimentait le fossé, probablement construite au tournant des XIIème et XIIIème siècles.
En 1624, Ascanio Albertini, colonel d'origine italienne au service de l'Evêque de Strasbourg, l'archiduc Léopold, obtint de ce dernier que le village lui soit cédé en fief. Ce brillant militaire, qui s'était notamment illustré en fortifiant la Ville de Benfeld, devint ainsi le nouveau Seigneur d'Ichtersheim (Ichtratzheim).

Les échanges entre Ascanio Albertini et l'Evêque Léopold nous offrent par ailleurs des renseignements sur l'état de la population : on apprend ainsi qu'en 1623 le village comptait 11 ou 12 paysans et qu'il ne restait plus que 8 maisons, 3 des meilleures fermes ayant été brûlées l'année précédente.

Sur les ruines de l'ancien château-fort sans doute à l'abandon depuis le début du XVème siècle, Ascanio construisit en 1631 un nouveau château de style renaissance, ainsi qu'une nouvelle chapelle (sur l'emplacement de l'actuelle église, où était déjà située une chapelle en bois qui menaçait ruine).

Ascanio mourut en 1639. Ses descendants résidèrent par la suite par intermittence au château ; c'est en 1802, alors qu'il était déjà en location depuis quelques années, que le château fut vendu par François Hannibal Albertini, dernier descendant de la lignée d'Ascanio Albertini (et qui résidait alors à Ettenheim) à François-Joseph Sprauel.

Ce dernier s'intéressait non pas au château, mais à la grande cour fermière, dans laquelle il s'installa. Il démolit le château pour y construire la ferme encore visible actuellement au n°1 de la rue du Château et qui en comporte de nombreux matériaux remarquables (meurtrières, consoles, montre solaire, porte...).

C'est au cours du XVIIIème siècle qu'Ichtratzheim prit son nom définitif et officiel. C'est également durant ce siècle, en 1766, que le village obtint l'autorisation de l'Evêque d'ouvrir une école, jusqu'à cette date les enfants devaient en effet se rendre à Hipsheim.

 

De la Révolution à la Deuxième Guerre Mondiale

La Révolution marque la naissance d'Ichtratzheim en tant que commune et ouvre d'une certaine façon, comme pour toute la France, une nouvelle page de son histoire. La première moitié du XIXème siècle fut à cet égard l'une des périodes qui marqua le plus le village et dont les effets se font encore sentir aujourd'hui.

Sur un plan symbolique d'abord, le village se vit reconnaître en 1803 le statut de paroisse alors que jusqu'à présent il n'était qu'une annexe d'Hipsheim (il faudra cependant attendre 1844 pour que cela devienne effectif, puisque de 1804 à 1844 la paroisse fut rattachée à Fegersheim). Le presbytère fut en conséquence bâti afin de pouvoir y accueillir le curé de la nouvelle paroisse (la « tour » attenante au bâtiment principal ne fut ajoutée qu'en 1920).

C'est, surtout, au cours de cette période que furent construits les deux édifices majeurs qui structurent encore aujourd'hui la commune 

  • église Saint Galll'église Saint-Gall actuelle dont la construction fut décidée en 1829 et achevée en 1835, après d'âpres discussions quant à son emplacement. On y implanta un orgue Stiehr en 1837. Ses trois cloches furent bénies le 21 mai 1923.
  • la Mairie construite en 1842 (rénovée et légèrement agrandie en 2004).

Ce dynamisme se traduisit également sur le plan démographique, puisque de 157 habitants en 1801, la population passa à 247 habitants en 1836, soit un bond de 57%.

CalvaireParmi les réalisations de cette période figure également un calvaire rare, sculpté par l'artiste Feuerstein père (originaire de Barr). Situé au cœur du village, vis-à-vis de la Mairie, il a été béni le 8 juin 1873.

Monseigneur Joseph Bass, curé d'Ichtratzheim de 1975 à 1996, fut à l'initiative de sa restauration en 1996.

Le village connut par la suite, jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale une période de relative stabilité, sinon de léger déclin, puisque la population rechuta à moins de 200 habitants en 1946.

 

De l'après guerre à nos jours

Monument aux MortsLe conflit mondial épargna le village qui ne connut pas de dégâts, malgré quelques alertes au mois de novembre 1944 ; par reconnaissance la population voulut ériger une chapelle votive dédiée à Notre Dame de Lourdes. Les sommes collectées n'ayant toutefois pas été suffisantes, il fut décidé de construire un Monument aux Morts à l'orée de la forêt.

Ce dernier, réalisé avec des blocs de grès provenant du pont sur la Scheer (que la Wehrmacht avait fait sauter en quittant le village), fut inauguré le 1er mai 1949 et comporte les noms des enfants d'Ichtratzheim tombés lors des deux guerres mondiales.

C'est au cours des années 70/80 que le village prit la physionomie que nous lui connaissons actuellement avec la construction de nouveaux lotissements, dont celui de la Forêt (début des années 70), et la réalisation de la place du village (inaugurée le 25 septembre 1983 et rénovée en 2007). Cette activité urbanistique s'est accompagnée d'un renouveau démographique, la population se stabilisant de nouveau à près de 300 habitants au tournant du millénaire.

Sur le plan administratif, Ichtratzheim a rejoint en 1974 le canton d'Erstein (après avoir appartenu depuis 1790 à celui de Geispolsheim) et participa à la création du Sivom d'Erstein, devenu aujourd'hui la Communauté de communes du pays d'Erstein. La commune a également fondé en 1995, un regroupement pédagogique intercommunal avec Hipsheim pour assurer la scolarité de ses enfants.

Les curiosités 

 

Implanté à l'origine le long de l'actuelle RD 1083, ce calvaire a été placé à l'entrée du village, lors de la création de l'échangeur d'Ichtratzheim en 1993.

curieux calvaire
Cette pierre constitue sans doute un fragment de la pierre tombale de la famille Albertini d'Ichtratzheim. Les armoiries au pied de la croix sont celles d'Ascanio Albertini et de sa seconde épouse. Cette pierre provient de l'ancienne chapelle qu'Ascanio fit construire en même temps que son château (1631) et qui a été détruite pour laisser la place à l'actuelle église Saint Gall (1835). Elle a été emmurée au n°4 de la rue du Château, demeure du Maire de l'époque, M. Georges Sprauel. pierre tombale de la famille Albertini
Située dans le mur du presbytère, cette pierre provient d'un monument daté de 1709. On peut y lire le nom d'Adam Sprauel (décédé en 1692) et de sa femme Ursula Klein. Cette pierre a été retrouvée en 1992 dans les fondations du pilier du portail du presbytère qu'un poid-lourd avait accidentellement arraché. Adam Sprauel
Ce lion porte les armoiries d'Ascanio Albertini. Il a été acquis par la commune en 1988 auprès d'un antiquaire strasbourgeois. Ascanio Albertini
Actuellement conservé à la Mairie, il aurait par le passé servi de décoration à un ancien restaurant d'Haguenau, ville dans laquelle Ascanio Albertini a également servi. Borne du Millénaire